Caillou noir, caillou blanc

Il était une fois dans une contrée lointaine, un fermier et sa fille qui vivait paisiblement dans une petite chaumière.
Le père adorait sa fille qui était aussi belle que rusée.
Celle-ci avait pour habitude de répéter: » tout problème a sa solution »
Or, suite à un hiver très rude, le fermier et son adorable fille se retrouvèrent sans le sou et affamé. Pour survivre, ils durent emprunter une importante somme d’argent à un vieil homme très laid et sans scrupule.
Malheureusement, au moment de rembourser leur dette, la situation ne s’était guère améliorée.
Alors le prêteur qui trouvait la fille du fermier fort jolie, proposa un marché a ce dernier.
Il dit qu’il effacerait la dette du fermier s’il pouvait marier sa fille.
Le fermier fut horrifié par cette proposition.
La jeune fille rusée dit au créancier:  » si vous acceptez la proposition de laisser le destin choisir de mon sort, je vous serais dévouée? »
Alors le vieux prêteur amusé accepta que le hasard détermine l’issue de la proposition.
Il leur dit qu’il mettrait un caillou blanc et un caillou noir dans un sac d’argent vide, et que la fille aurait à piocher, à l’aveuglette, un des deux cailloux du sac:
– Si elle pioche le caillou noir, elle devient son épouse et la dette de son père est effacée.
– Si, en revanche, ce serait le caillou blanc, elle n’a pas à l’épouser et la dette du père est également annulée.
– Si elle refuse la proposition, son père serait jeté en prison.
La jeune fille chuchota à l’oreille de son père:  » Ne t’inquiète pas, tout problème a sa solution »
Cette discussion avait lieu sur le chemin devant la maison du fermier dont le sol était jonché de cailloux.
Tout en continuant de parler, le vieux monsieur laid se pencha pour ramasser les deux cailloux. Comme il les ramassait, la jeune fille, qui avait l’œil vif, remarqua qu’il avait ramassé deux cailloux noirs et qu’il les avait mis dans le sac. Mais elle ne dit rien. Puis le vieux prêteur demanda à la jeune fille de piocher dans le sac.
La jeune fille était semble t- il au pied du mur:
– Soit elle refusait de piocher un caillou.
– Soit elle devait sortir les deux cailloux noirs du sac, montrant que le vieux a triché.
-Soit elle devrait piocher le caillou noir, et se sacrifier en se mariant avec le vieux pour épargner l’emprisonnement à son père.
Mais, elle était rusée et selon l’histoire, voici ce que la jeune fille fit :
Elle mit sa main dans le sac et en sortit un caillou qu’elle échappa aussitôt par terre, gauchement, sans qu’on n’ait pu le voir, et il se confondit spontanément avec la multitude des autres cailloux sur le sol.
« Ce que je peux être maladroite », s’exclama la jeune fille.
Mais qu’importe, si je sors du sac le caillou qui reste, on verra bien lequel j’avais pioché en premier !
Puisque le caillou restant était noir, le premier caillou ne pouvait qu’être blanc.
Et comme le vieux prêteur n’osa pas avouer sa malhonnêteté, la jeune fille transforma une situation qui semblait impossible en un dénouement fort avantageux.
Tout problème a sa solution.

La morale de cette histoire :

Il existe une solution pour la plupart des problèmes complexes.
C’est juste qu’on ne sait pas toujours regarder les choses sous le bon angle.
Imaginez un instant ce que vous auriez fait si vous aviez été là.
Osons poser les problèmes, sachons les résoudre, et nous changerons le cours des événements ! Les problèmes qu’on élude font les événements qui s’amassent. Les événements sont aux problèmes ce que les effets sont aux causes, ce que la foudre est aux nuées. Pour régler le cours des événements, au lieu d’être débordé et entraîné par lui, que faut-il ? Être logique.
Citation de Emile de Girardin ; Pensées et maximes (1867)