Le prince et le paysan

Il y a très longtemps, un prince décida d’ acheter les quatre plus beaux chevaux des quatre royaumes qui entouraient le sien. Il voulait le plus bel attelage pour son lourd carrosse de bois précieux.

Il acheta donc quatre magnifiques étalons dans les meilleurs haras des quatre capitales voisines. Vite, il les attela à son carrosse et résolut de revenir en son château en traversant une forêt fort épaisse et sombre.

Mais voilà qu’ en chemin, le carrosse et les chevaux s’ enfoncèrent dans une énorme mare de boue. Le prince fouetta ses chevaux qui, au lieu de tirer le carrosse, continuèrent à s’ enfoncer.

Plus il essayait de se sortir de ce piège d’ eau et de boue, et plus tout l’ équipage s’ enfonçait. Le prince avait de la boue jusqu’à la ceinture, les chevaux se débattaient et hennissaient, mais en vain, rien n’ y faisait.

Soudain arriva une méchante carriole tirée par deux chevaux qui avaient l’ air bien fatigués. Dans la carriole, un vieux paysan ne paraissant guère plus fringant.

Mais, c’ était un brave homme qui ne pensait qu’ à faire le bien. Voyant le prince et ses chevaux en si fâcheuse posture, il proposa son aide.

Le prince éclata de rire.  » C’ est avec ces deux bêtes harassées que tu veux m’ aider, toi, le paysan ? « .

– » Oui mon Prince  » répondit-il.

– » Alors, viens  » dit le prince, avec un petit sourire ironique.

Le paysan attacha alors une corde entre sa carriole et l’ attelage du prince, puis, d’ un coup de fouet, entraina ses deux chevaux qui, soudain, devinrent deux formidables bêtes de trait.

Aprés des efforts incroyables, ils réussirent à sortir de la mare de boue, les quatre chevaux, le lourd carrosse et le prince.

Celui-ci était fort surpris mais heureux. Il dit au paysan :  » moi, avec ces quatre superbes chevaux je n’ ai pas réussi, et toi, avec ces deux haridelles, tu as réussi. Explique-moi « .

Alors le paysan lui dit :  » vos chevaux sont beaux, forts, éclatants, mais, chacun vient d’ une écurie différente, ils ne se connaissent pas, ils ne s’ aiment pas; quand vous en fouettez un, les trois autres rient et sont contents de voir le quatrième souffrir, par contre, mes chevaux à moi sont frères;

Ils viennent de la même mère, de la même écurie, et, ils s’ aiment. Quand l’ un souffre, l’ autre vient à son secours, et de deux, ils deviennent trois, quatre, cinq, dix peut-être.

Cela s’ appelle la Fraternité, être toujours là l’ un pour l’ autre, l’ un avec l’ autre, comme les cinq doigts de la main, formant un poing. Et c’ est de là que vient la force que rien ne peut briser !