L’impulsif

Vincent traversait tranquillement une rue de son village lorsqu’un inconnu s’approcha de lui disant : « Sais-tu que ta femme te trompe? » Vincent répliqua vivement : « C’est impossible. Ma femme ne me serait jamais infidèle. » L’homme répondit : « Je peux te le prouver. A minuit cette nuit, elle a rendez-vous avec son amant sous le figuier au bout du village. » Vincent était bouleversé et, anticipant un duel avec l’amant de sa femme, alla chercher un pistolet. Toute la journée il s’entraîna et pensa au combat, et à onze heure du soir, il se rendit au figuier dans un terrible état d’esprit. Il grimpa à l’arbre, et , étant un homme très passionné, bondit de branche en branche dans une frénésie de jalousie et de colère. Il s’imaginait sa femme dans les bras de son amant et testa le coup qu’il allait assener à son rival, de tous les angles possibles.
A minuit moins dix, il écouta attentivement mais ne put rien entendre encore. A minuit moins cinq il était dans un état d’agitation et d’attente insupportable. A minuit moins trois il n’y avait encore aucun signe d’eux et chaque nerf de son corps était tendu. A minuit il était aussi immobile qu’un tigre sur le point de se jeter sur sa proie. Mais il ne se passait toujours rien sous l’arbre.
Alors il fut soudain frappé dans tout son être par une sidérante intuition : » Je suis célibataire ! »